Boulogne-sur-Mer, Pas-de-Calais, début du XXIème siècle. Quand ils se rencontrent, Claudia et Vincent ont 14 et 16 ans, la rage au ventre. Elle, poésie et littérature lui sont un poumon d’imaginaire précoce. Elle se rêve écrivaine. Lui, adolescent rêveur, à défaut de crever les horloges, passe le plus clair de son temps à plaquer des standards sur sa guitare. C’est l’âge des premiers groupes, l’ennui est encore un poing dressé. Le leur, c’est Jack’s On Fire – clin d’œil potache au Gun Club. Compos nerveuses, en anglais, reprises sous adrénaline. Basse, guitare, boîte à rythmes. Deux gueules d’anges déjà brûlés hurlant au bord du gouffre, affinités spéciales The Kills ou The Libertines dont Vincent a épluché tout le répertoire. Un jour, Pete Doherty leur tendra la main, il l’ignore encore. Mors aux dents, trouver l’aplomb, canaliser la rage, étendre le périmètre des scènes locales, don’t look back : le duo alcaloïde trouve son public dans le bassin sinistré du Nord. Exit les grandes espérances familiales, la musique gagne son statut d’ambition unique. Fin de l’acte 1. Arrive 2020, monde ralenti, monde cloîtré, le duo rôdé passe en phase supérieure : oublié l’anglais, dorénavant ciseler le français – et changer de nom. Ravage Club, le nouveau blaze, marie aux trombes saturées d’un grunge flingué la célèbre dystopie de Barjavel revisitée par Fincher. Second souffle, porté par un conseil de Jérôme Coudanne de Deportivo : « La question n'est pas d'avoir du talent ou pas, mais de ne jamais abandonner ». Elle devient Acidula, il est Vinz, natural born killers. Un deuxième guitariste intègre le Club, et un batteur providentiel, Vincent Hernault, transfuge chevronné de Lofofora. Supervisé par Daran, un premier EP autoproduit est publié en décembre 2022, on ne peut plus explicite : « C’est l’Enfer ». Cinq uppercuts sonores sous fuzz cinglée sur laquelle cogne la poésie au cutter d’Acidula, bouclés sur une version trafiquée de « Cherry Bomb » des Runaways. Premier round. Un second ne tarde pas, en mai 2024, l’éponyme « Ravage Club », mixé par Remy Boy, désormais artisan du son du duo. Y figure un diamant, « Ecchymoses », à l’écriture guerrière et mature. On les capte, ils décrochent la timbale : été 2022, le Club est invité sur la scène « découverte Île-de-France » de Rock en Seine. Tout s’enchaîne : 2023, des premières parties pour les Wampas et Deportivo, le MaMA et une base acquise à l’Aéronef, à Lille, qui leur assure des dates et, enfin, leur statut d’intermittents. Leur punk éraflé a conquis sa crédibilité, s’installe sur la scène nationale. Toujours à Lille, les Libertines les invitent sur scène, et c’est la mythique Olympia, en ouverture de Tagada Jones – qui les embarque illico en tournée. Vie accélérée en mode point limite zéro, la manageuse jette l’éponge, le deuxième guitariste est débarqué. Fin de l’acte II. Hiver 2024, le Club freine, se pose. Boucle refermée sur le commencement, retour à la source, aux premières intuitions laissées en suspens. C’est l’heure de l’album : travailler cohérence, son homogène, univers dense, poésie noire. La révolte est une lame vitaliste, le lyrisme conjure le cauchemar de l’époque. Déjà dans le collimateur du label At(h)ome (Lofofora, Aqmé, Kent, Jil Caplan), Acidula et Vinz sont enfin signés, aussitôt envoyés au studio Blackbox de Ian Burgess où ils mettent au point une bombe punk mutante qui ne cède rien à l’exigence mélodique. « Silymarine » renoue avec des racines variété, mais déterritorialise la grande tradition vers les horizons plus féroces d’un indie-rock gorgé d’orgones et d’électricité. Le duo connaît ses incunables, en fait son miel, tisse ses méridiens, affirme sa singularité. Neuf titres lancés à tombeau ouvert entre le rageur « Dingogo », et le doux-amer « Yaya », cavalcades au napalm sur « L’incident » ou « Super Metroid », côtoyant la grâce sur « Ecchymoses ». On pense aux Hives, aux Strokes, à tout ce par quoi le rock’n’roll demeure le meilleur remède contre la pulsion de mort. Prévu pour 2027, l’Hexagone peut déjà s’enorgueillir de ces deux rescapés de l’absurde, dévoués à ce qui ressemble dangereusement à de la beauté – crachée à la face de l’époque. De l’asphalte, du foutre, de la fuzz, soleil cou coupé.
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